Changer le monde dans son supermarché

Diplôme d’HEC en poche, Tristan Lecomte s’est fait embaucher chez l’Oréal. Un parcours plutôt classique… enfin, jusqu'à sa démission deux ans plus tard pour se lancer dans une sacrée aventure.

L’idée lui est venue grâce à sa sœur qui, un jour, lui a montré un article sur un nouveau phénomène : le commerce équitable. Tristan Lecomte a d’abord trouvé l’idée farfelue. C’est la visite d’un magasin éthique qu’il l’a convaincu de se lancer dans le business responsable. Mais Alter Eco ne s’est pas construit en un jour ! Une première boutique de commerce équitable voit le jour en 1998, c’est aussi le premier échec. Un an plus tard, Tristan Lecomte ouvre un nouveau magasin, plus gros. Deuxième revers. En 2000, il tente la vente par Internet sans aboutir davantage. En 2001, il devient manager chez PricewaterhouseCoopers pour développer des outils d’audit spécifiques à la vente en grande distribution. Obstiné, il n’abandonne pas son projet de commerce équitable pour autant. En 2002, sa persévérance est enfin récompensée : Monoprix accepte de distribuer 13 produits d’Alter Eco. Aujourd’hui ils en proposent 120, dans plus de 3 000 supermarchés.

portrait-lecomteQuestions à Tristan Lecomte

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Dirigeants durables : Alter Eco a réalisé 16,7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2006. Espériez-vous un tel succès à l’époque ?

Tristan Lecomte : Non. En revanche, j’ai toujours sincèrement cru à cette démarche. C’est une histoire de conviction. Malgré les difficultés, je ne me suis jamais remis en cause car je voyais les gens autour de moi extrêmement enthousiasmés par mon projet. Toutefois, les quatre premières années ont sincèrement été galères ! Aujourd’hui, Alter Eco travaille avec 43 coopératives de petits producteurs défavorisés dans 25 pays différents en Afrique, en Asie et en Amérique du sud.

Vous avez lancé des activités commerciales aux Etats-Unis et en Australie…

Oui, la particularité d’Alter Eco c’est une large gamme de produits différents. Or, dans ces deux pays l’offre se résume à du thé et du café alors qu’il y existe une réelle demande. Nous sommes distribués également au Japon et en Belgique.

Quel est l’enjeu du commerce équitable aujourd’hui ?

A mon avis, il faut montrer que les produits équitables ne reviennent pas plus cher que les produits classiques. Nous achetons les ingrédients environ 88% plus cher que la moyenne du marché classique. Pourtant, cette dépense ne représente que 5% du prix final du produit.

Alors pourquoi les produits équitables sont encore un peu plus chers que les autres ?

Parfois les distributeurs prennent des marges un peu supérieures parce que les volumes sont plus faibles. Mais nos produits sont aussi plus chers pour la simple et bonne raison que nous sommes une petite société, de fait, nos frais fixes sont plus élevés. Quand nous imprimons 100 000 paquets de café, un gros fabriquant va lui en imprimer 10 millions. Mais rien ne justifie que le commerce équitable soit plus cher. Nous réalisons des économies énormes en ne faisant pas de publicité et en  évitant les intermédiaires car Alter Eco achète ses produits directement aux coopératives. Dans le commerce classique, ces intermédiaires sont nombreux, du coup la marge du producteur est minimisée pour maximiser les moyens marketing. Aujourd’hui, on paie de plus en plus de pub dans tout ce qu’on achète, c’est absurde !

Où en est le commerce équitable aujourd’hui ?

Il est en forte croissance bien qu’encore marginal. Les français achètent en moyenne 2 euros par an de produits issus du commerce équitable. Ce n’est même pas un paquet de café !
Je pense que les produits du commerce équitable, comme les produits bio, représentent une tendance de fond. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus confrontés à des impératifs écologiques et sociaux. Le modèle actuel n’est pas soutenable et nous seront obligés de changer de mode de consommation. Ces produits sont au moins aussi bons que ceux du commerce classique, sauf qu’étant équitables, ils ont un supplément d’âme. Voila pourquoi j’y crois. Le commerce sera équitable. (Rires ! Car c’est le titre de son nouveau livre)

Parlez nous de la méthodologie FTA 200

C’est une méthodologie d’audit économique, sociale et environnemental que j’ai développée avec PriceWaterhouseCoopers. L’objectif est de sécuriser les risques de chaque filière et d’étudier l’impact économique et social de nos achats sur le producteur. Car la question qui se pose aujourd’hui est de savoir dans quelle tranche d’achat notre activité est vraiment utile. Est-ce que plus on achète de volume au producteur, plus c’est bénéfique pour lui ?

Votre livre est intitulé « Le commerce sera équitable ». Par quels leviers ?

Grâce aux consommateurs. Ce sont de bons produits, à un prix comparable et qui ont du sens. Rien ne pourra arrêter le commerce équitable. Tout le monde veut faire le bien, enfin, il me semble. Je suis du genre optimiste.

Que pensez-vous de l’engouement, depuis quelques années, pour le concept de DD ?

Pour moi, c’est fondamental. Nous allons vers des changements significatifs comme le réchauffement de la planète. Cela dit, le commerce équitable est un enjeu tout aussi planétaire. Sur 1 milliard 300 millions d’agriculteurs dans le monde, 1 milliard ne dispose que d’un hectare de surface cultivable. Il faut savoir qu’ils s’appauvrissent d’années en années car leur production est achetée moitié prix. Ces paysans ruinés émigrent vers les villes, entraînant les problèmes de développement urbain que l’on connaît aujourd’hui. Ces cultivateurs et leurs familles représentent plus de 2/3 de la population mondiale, ce qui laisse entrevoir les problèmes sociétaux impliqués par le commerce classique.
C’est amusant parce qu’on a l’impression que le mouvement du développement durable est nouveau mais si on lit « Small is beautiful » écrit en 1973 par Fritz Schumacher, il prédit déjà ce qui advient quand un modèle industriel s’impose sans laisser sa place à l’agriculture locale. Je ne suis pas contre les grandes plantations mais je pense qu’il faut laisser aux petits producteurs un espace dans les rayons des magasins.

Propos recueillis par Caroline Dangléant

Les critères du commerce équitable
Tristan Lecomte nous donne sa définition du commerce équitable : « Travailler en priorité avec les producteurs les plus défavorisés et encourager leur développement grâce à des conditions commerciales avantageuses. Ces conditions sont : le paiement d’un prix minimum, le versement d’une prime de développement, le préfinancement des commandes, la contractualisation sur le long terme et enfin la mise en transparence des filières et de l’information sur le produit. Voila pour les critères d’exigences. Ensuite, il y a les critères de progrès : travailler avec des organisations participatives, participer à l’élimination du travail des enfants (même si Alter Eco n’y est pas confronté parce que les producteurs avec qui ils travaillent n’ont pas de salariés), proposer des produits de qualité avec un savoir faire traditionnel, favoriser la biodiversité. A terme, nous voulons aussi que 100% des produits soient issus de l’agriculture biologique et transformés sur place, mais ce n’est pas évident pour des questions d’infrastructures et de règles d’hygiène très exigeantes. »

 

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