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Philosophe de la terre

Pierre Rabhi est né dans le sud de l’Algérie de double culture algéro-française. A 19 ans, il s’installe à Paris pour travailler. Il ne peut se résoudre à « l’aliénation humaine » du système productiviste qu’il ressent dans la capitale.

Au bout de trois ans, son épouse et lui décident un retour à la terre et s’installent en Ardèche. Devenu ouvrier agricole, c’est contre les méthodes de travail de la terre que Pierre Rabhi s’insurge. Beaucoup trop violentes à son goût. Il s’informe et découvre l’existence de techniques alternatives. Commence une longue expérience de l’agriculture écologique et biologique et un parcours qui a convaincu ce passionné de la terre qu’un autre monde est possible.

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Questions à Pierre Rabhi

 

Dirigeants Durables : Vous êtes le pionnier de l’agro-écologie dans le monde. Pouvez vous nous expliquer ce concept ?

Pierre Rabhi : L’agro-écologie est une extension de l’agriculture biologique qui intègre les dimensions économiques, sociales et politiques de la vie humaine. Issue d’une démarche scientifique attentive aux phénomènes biologiques, elle associe le développement agricole à la protection et la régénération de l’environnement naturel (reboisement, protection des sols, lutte contre l’érosion, etc.) Par exemple, cette démarche trouve tout son sens dans des zones en désertification. (Pour plus de détails, voir l’encadré)

Comment tout cela a commencé ?

En 1981, on a fait appel à moi pour aider les paysans de Gorum Gorum, au nord du Burkina Faso. Dans cette région du Sahel, les paysans sont confrontés à des périodes de sécheresse très rude et la désertification dégrade le milieu naturel. Ils doivent à la fois produire pour se nourrir et intervenir pour régénérer leur environnement.
Le centre d’agro-écologie de Gorum Gorum et les méthodes que nous avons mises en pratique ont été très appréciés des paysans. Les engrais chimiques horriblement chers n’étaient plus utilisés et les résultats écologiques étaient importants. Le président Thomas Sankara a considéré qu’il fallait en faire une politique nationale et c’est ainsi que nous sommes devenus amis. Il était même question que je devienne son conseiller en agriculture. Malheureusement l’histoire en a décidé autrement. Il a été assassiné en 1987.

Depuis, vous êtes à l’origine de nombreuses structures…

Oui, j’ai créé le Ciepad (Carrefour International d'Echanges de Pratiques Appliquées au Développement). Cet institut prolonge la recherche et la formation à l’agro-écologie en France mais aussi dans les pays tropicaux.
En 1994, j’ai fondé l’association Terre et Humanisme qui intervient dans plusieurs pays en développement et en Europe de l’est. Nous voulons être solidaires des petits paysans qui risquent d’être laminés par l’Europe.
Actuellement, nous aménageons « Les Amanins », un centre entièrement voué à l’écologie dont l’objectif est de concilier la sensibilisation, l’expérimentation et la pédagogie avec l’accueil et la solidarité.

Et depuis un an, vous avez lancé le Mouvement pour la terre et l’humanisme. Quelles sont les valeurs que vous prônez ?

Nous sommes assez radicaux. Selon nous, le modèle actuel ne peut pas être aménagé. Il faut changer de paradigme pour remettre l’humain et la nature (plutôt qu’une pseudo économie et une croissance absurde) au cœur des préoccupations!
Ce mouvement est destiné à coordonner nos différentes actions, mais aussi à interpeller au niveau international tous ceux qui adhéreront à notre charte de valeurs. À partir de là, on peut constituer un mouvement qui met en évidence des constats mais surtout des alternatives. On s’interroge : « Quelle planète laisseront nous à nos enfants ? Et quels enfants laisseront nous à notre planète ? »

Vous appelez à l’insurrection des consciences. Que voulez-vous dire ?

Nous sommes au bord du précipice et j’ai bien peur que peu de gens soient conscients des enjeux actuels, tant au plan humain, économique, qu’écologique. Au lieu d’en appeler au citoyen de gauche ou de droite, aux écologistes ou autres, je préfère interpeller la conscience individuelle de chacun.

Vous croyez à la décroissance soutenable plus qu’au développement durable. Expliquez nous la différence ?

Nous avons fondé notre système sur la croissance illimitée, or à l’évidence nous n’avons qu’une planète. On sait aujourd’hui que la planète ne peut pas renouveler ses ressources au rythme où les prélève 1/5 de l’humanité, qui pénalise au passage les 4/5 restants. Cette croissance économique illimitée est une aberration totale. On ne peut pas satisfaire tous les désirs. Par contre il faudrait se dépêcher de satisfaire tous les besoins élémentaires.
Notre système économique est basé sur l’insatiabilité humaine, stimulée en permanence par la publicité. De fait, nous répondons au superflu plus qu’au nécessaire. C’est un système totalement inintelligent qui ressemble à un programme de dépôt de bilan planétaire. Ceux qui sont dans l’excès et l’outrance doivent réduire leur surconsommation de façon à éviter l’épuisement des ressources mais aussi à rentrer dans une forme d’équité qui permette au genre humain dans sa globalité de bénéficier des biens de la planète. Il est moralement inadmissible de soutenir une logique qui crée des privilèges pour quelques uns et maintient les autres dans l’indigence. La décroissance est une vision réaliste des choses. Je ne préconise pas le retour à la bougie mais la sobriété heureuse.

Ce que vous reprochez au concept de développement durable c’est ce terme de développement ?

Le développement est issu de l’idéologie de la croissance indéfinie. On a voulut l’appliquer à tous les peuples et à tous les pays en oubliant que l’occident bénéficie de privilèges extraordinaires depuis presque 500 ans. L’Europe s’est offert des empires sur tous les continents et en a drainé les ressources pour constituer son propre modèle. Imaginer que ce modèle est reproductible n’a pas de sens.

Propos recueillis par Caroline Dangléant

 

L’agro-écologie en 10 points

1- un travail du sol qui ne bouleverse pas sa structure entre terre arable, siège de micro-organismes aérobies, et terre profonde et souvent argileuse, siège de micro-organismes anaérobies. Chaque catégorie microbienne a un rôle spécifique.

2- une fertilisation organique fondée sur les engrais verts et le compostage. Ces techniques ont l’avantage d’être totalement accessibles aux paysans les plus pauvres.

3- des traitements phytosanitaires aussi naturels que possible et utilisant des produits qui se dégradent sans dommage pour le milieu naturel, et des substances utilisées traditionnellement pour lutter contre parasites et maladies cryptogamiques (le neem, le caelcedra, le cassia amara, les cendres de bois, des graisses animales...)

4- le choix judicieux des variétés les mieux adaptées aux divers territoires avec la mise en valeur des espèces traditionnelles locales.

5- Eau : économie et usage optimum. L’irrigation peut être accessible lorsqu’on a compris l’équilibre entre terre et eau.

6- le recours à l’énergie la plus équilibrée, d’origine mécanique ou animale selon les besoins mais avec le souci d’éviter tout gaspillage ou suréquipement coûteux. Il ne s’agit pas de renoncer au progrès mais de l’adapter aux réalités au cas par cas : l’énergie métabolique humaine et animale est parfois préférable à une mécanisation mal maîtrisée.

7- des travaux anti-érosifs de surface (diguettes, microbarrages, digues filtrantes, etc.) pour tirer parti au maximum des eaux pluviales, combattre l’érosion des sols, les inondations et recharger les nappes phréatiques qui entretiennent puits et sources.

8- la constitution de haies vives pour protéger les sols des vents et constituer de petits systèmes favorables au développement des plantes cultivées, au bien-être des animaux, au maintien d’une faune et d’une flore auxiliaires utiles.

9- le reboisement des surfaces disponibles et dénudées avec diversité d’espèces pour les combustibles, la pharmacopée, I’art et l’artisanat, la nourriture humaine et animale, la régénération des sols, etc.

10- la réhabilitation des savoir-faire traditionnels conforme à une gestion écologique et économique du milieu.

 

(Extraits de l’article de Pierre Rabhi publié dans Passerelle Eco n°9)

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