La banquière des pauvres

Maria Nowak, présidente et fondatrice de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) se considère comme un entrepreneur social.

Économiste de formation, cette femme résolument engagée commence sa carrière dans l’Agence française de développement. Au milieu des années 80, elle assiste à une conférence donnée par Mohammad Yunus*.Pour la première fois elle entend parler de microcrédit, ces petits prêts accordés aux plus démunis pour les sortir de la misère. L’idée s’impose d’elle-même. Dans le cadre de l’AFD (Agence Française de Développement), Maria Nowak importe le système de la « banque des pauvres » en Afrique de l’Ouest puis, à partir de 1992, dans le cadre de la Banque Mondiale, en Europe centrale. Parallèlement, en 1988, Maria Nowak se lance bénévolement  dans une nouvelle aventure : créer une structure de microcrédit en France. Une première dans un pays riche. Aujourd’hui l’Adie peut se vanter d’avoir contribué à la création de quelques 38 000 entreprises et 45 000 emplois dans l’hexagone.

maria nowakQuestions à Maria Nowak

Dirigeants Durables : Comment vous est venu l’envie de transposer le microcrédit en France ?

Maria Nowak : En 1988, le RMI est instauré en France. Il m’a semblé utile d’ouvrir une voie d’insertion par le travail indépendant. Créer de la richesse exige à la fois du travail et du capital. C’est un principe universel. Or, les gens les plus pauvres, s’ils ont de l’énergie et des idées, n’ont pas accès au capital. Le microcrédit leur ouvre cette porte. J’ai créé l’Adie en décembre 1988 avec deux amis. Nous avons commencé le travail de terrain fin 1989, après avoir trouvé des subventions privées et publiques pour démarrer.

Il me semble que jusqu’alors le principe de microcrédit n’existait que dans des pays en développement. Avez-vous du l’adapter différemment sur le territoire français ?

Oui, effectivement. Transposer ce système en France s’est avéré infiniment plus difficile pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il y a une culture très forte du travail salarié, même si aujourd’hui les mentalités évoluent : 1/3 des nouveaux emplois viennent de la création d’entreprise et 40% des créateurs d’entreprises viennent du chômage. Nous ne sommes donc pas  du tout dans une approche marginale.
En outre, les coûts de fonctionnement sont beaucoup plus lourds ici et les taux d’intérêt ne peuvent pas être aussi importants que dans les PED (pays en développement) où les prêts financent des petites activités traditionnelles non taxées, ce qui fait que le profit est très élevé et les taux peuvent être de 20% ou 30%.

Comment se compose le public pouvant prétendre au microcrédit ?

Il est fait de ceux qui n’ont pas accès aux banques mais qui ont la volonté et la capacité d’entreprendre. La moitié sont au RMI et l’autre chômeurs. Près de 20% d’entre eux savent à peine lire et écrire mais 25% ont fait des études supérieures.

Sur quels critères sélectionnez-vous les projets ?

Nous prêtons essentiellement pour des créations d’entreprises et, dans une moindre mesure, pour le développement d’entreprise. En réalité, nous jugeons davantage la personne sur sa capacité d’entreprendre que le projet en lui-même. On sait parfaitement que c’est la personnalité du créateur qui est déterminante sur des petits projets. Il doit posséder le savoir faire et un marché potentiel pour son activité. Le crédit est aussi une dette, il ne faut pas mettre les gens dans des situations plus difficiles que celles dans lesquelles ils se trouvent.

L’Adie ne se contente pas de prêter de l’argent, elle offre un accompagnement spécialement  conçu pour des micro-entreprises qui démarrent…

Tout a fait. Cet accompagnement aide les personnes dans les démarches administratives, dans la mise en place d’un système de gestion, de marketing, etc. Il existe aussi des appuis plus spécifiques comme une hotline juridique. Ces aides complémentaires ont été mises au point progressivement mais elles sont indispensables dans un pays comme la France où la création d’entreprise est très compliquée. Le coût de cet accompagnement est d’environ 1600 euros pour 2 ans, il est bien plus faible que le coût d’un chômeur.

Parallèlement au microcrédit, vous avez beaucoup fait pour faciliter l’accès à la création d’entreprise en France…

Nous avons essayé d’utiliser notre association comme un laboratoire social pour formuler des propositions au gouvernement à la fois en matière de microcrédit et de micro-entreprise. Nous avons obtenu pas mal de résultats. Mais nous travaillons encore sur l’accès aux locaux professionnels, sur les cotisations sociales, sur la simplification, etc. Aujourd’hui, 1/4 de la population active est dans une situation précaire, les gens préfèrent désormais êtres travailleurs indépendants plutôt qu’intérimaires, en CDD ou en contrat aidé et a fortiori au chômage. Je pense que le microcrédit va continuer à se développer.

Que pensez-vous de l’engouement, depuis quelques années, pour le concept de DD ? Quelles sont vos attentes et vos craintes ?

L’idée de départ du développement durable est de placer l’homme au centre. Or, ce concept est bien souvent réduit à sa composante environnementale. Moi, je revendique cette conception pleine. Le microcrédit contribue à cette idée là.

* : Le professeur Mohammad Yunus est l’inventeur du micro crédit, dans son pays le Bengladesh, avec la Grameen Bank qu’il a fondée en 1977. Il est prix Nobel de la paix en 2006.


Propos recueillis par Caroline Dangléant

 

L’Adie, créatrice de belles histoires
« C’est une récompense formidable de voir les gens sortir du chômage, retrouver confiance en eux, se remettre debout » se réjouit Maria Nowak. La fondatrice de l’Adie a été témoin de nombreuses success stories : « ce sont toutes des histoires d’initiatives et de courage. » Comme Jules qui ramassait de la ferraille dans une brouette. Grâce à l’Adie, il a obtenu le financement d’une vieille camionnette pour être plus efficace dans sa récolte. Entre temps, il a passé le permis de conduire et a arrêté de boire.
A l’autre bout, André, cadre commercial licencié suite à un plan social est décidé à créer son entreprise. Aucune banque ne veut l’aider. L’Adie lui a prêté 4 000 euros. Aujourd’hui, il dirige une entreprise de maintenance informatique à domicile qui emploie 200 personnes. Son activité a même été franchisée dans plusieurs pays. Deux histoires différentes mais toutes aussi touchantes. Pour Maria Nowak : « chacun doit aller au bout de son talent. »

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