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Dominique Bourg, philosophe du développement durable

Quand il était jeune, Dominique Bourg avait deux centres d’intérêts qu’il pensait incompatibles : l’écologie et la philosophie.

Il a mis le premier de côté jusqu’à un post-doc en Allemagne où beaucoup de chercheurs en sciences humaines travaillaient déjà sur des problématiques environnementales. Quand il se retrouve en poste à l'Université de Technologie de Troyes, la majorité de ses collègues sont chercheurs en sciences de l’ingénieur. Compte tenu du caractère extrêmement interdisciplinaire des problèmes d’environnement et de développement durable, Dominique Bourg a trouvé judicieux de fédérer une équipe. Le Centre de recherches et d'études interdisciplinaires sur le développement durable (CREIDD) voit ainsi le jour en 2001. En France, ils sont parmi les premiers chercheurs à travailler sur l’écologie industrielle, l’économie de fonctionnalité, la gestion du risque ou le principe de précaution. Dominique Bourg travaille aujourd’hui à l’Institut de politiques territoriales et d'environnement humain de l’université de Lausanne.

dom_bourgQuestions à Dominique Bourg

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Dirigeants Durables : En tant que philosophe, je ne résiste pas à l’envie de vous demander votre définition du développement durable…

Dominique Bourg : Pour moi c’est très clair, le développement durable repose sur un diagnostic qui figure d’ailleurs juste à la suite de la définition canonique du Rapport Brundtland*. Le développement durable pose deux priorités : Les besoins des plus démunis et les limites d’extraction des ressources qu’impose la planète. Cette phrase résume les deux grands déséquilibres qui ont marqué la seconde moitié du 20ème siècle.

Quels sont ces déséquilibres ?

Le premier est l’inégalité de la répartition des richesses sur terre. Cet écart s’est creusé progressivement depuis la révolution industrielle, mais a littéralement explosé depuis les trente glorieuses. Quand Adam Smith** publie son enquête sur la richesse des nations, il n’y a pas de pays pauvres. La différence du pouvoir d’achat moyen entre les principales civilisations n’est même pas du simple au double. Depuis 1950, le PIB mondial a explosé : de 6 000 milliards de dollars à 43 000 milliards en 2000. Plus on crée des richesses et moins on sait les repartir. Le premier enjeu du développement durable est de réduire cette inégalité.
Le deuxième défi c’est l’explosion des flux de matières, le climat n’en étant qu’un aspect. À mon avis, l’indisponibilité d’un certain nombre de ressources (métaux rares, eau, aluminium, etc.) posera infiniment plus de problèmes que le réchauffement car nous finirons bien par décarboniser l’énergie, le tout c’est de le faire le plus vite possible. En revanche, il me semble beaucoup plus audacieux de poursuivre une croissance avec des flux de matière en régression.
Le développement durable doit permettre de construire une civilisation capable de résoudre simultanément ces deux enjeux. Et cela ne s’annonce pas simple du tout !

Comment la philosophie intervient-t-elle pour aider à résoudre ces deux déséquilibres ?

Le développement durable pose aujourd’hui des problèmes philosophiques fondamentaux et pourtant assez peu étudiés. Actuellement, je m’intéresse aux questions de régulation politique que devraient soulever les résolutions prises pour limiter la crise climatique et l’explosion des flux de matières.

Qu’est-ce que vous entendez par régulation politique ?

Voici un exemple. Pour lutter contre le réchauffement nous avons créé des quotas d’émissions de CO2 pour les grosses industries européennes. Cependant, rien n’existe concernant les émissions des petits industriels et des particuliers. Il existe deux options. La taxe carbone est très intéressante mais un peu complexe à mettre en œuvre puisqu’il faudrait changer l’assiette de la fiscalité sans l’augmenter. Socialement ce n’est pas simple car la plupart des revenus modestes ont été exclus des centres-villes. Une autre solution serait d’établir un quota de CO2 individuel par secteur (transport, logement, etc.). Comment la déterminer compte tenu de la multitude des situations particulières ? En outre, un système d’échange serait nécessaire pour plus de souplesse. En quelque sorte, on autoriserait les plus riches à émettre plus de dioxyde de carbone, donc à détruire un bien qui conditionne la vie de tous. Cette régulation par l’argent est complètement contradictoire avec l’idée même de développement durable. Voila un des exemples de problème de philosophie politique et d’éthique que poserait une politique de régulation climatique. Mais ces questions n’intéressent pas encore grand monde.

Etes-vous plutôt optimiste sur l’évolution de nos mentalités et de nos technologies ?

Je n’ai pas envie de devenir pessimiste mais le tableau que j’ai sous les yeux m’inquiète quelque peu. Cela dit, il ne faut pas se décourager. Les technologies sont fondamentales, on ne s’en tirera pas sans elles. En revanche, il me semble impératif de repenser le sens de notre monde. Pourquoi fait-on ça ? Quel type de société veut-on bâtir ? Va-t-on réellement vivre mieux ? Ce n’est pas franchement le genre de question auxquelles on consacre beaucoup de temps. Nos sociétés sont régies par deux automatismes, l’idéologie du progrès qui nous incite à penser qu’une avancée est forcément profitable pour le genre humain et l’hégémonie du marché. Nous devons profiter du développement durable pour repenser le sens de notre monde.

Propos recueillis par Caroline Dangléant

 

 

 

 

* : Rapport Brundtland, 1987 : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »

** : Adam Smith (1723 – 1790) philosophe et économiste écossais des Lumières. Il reste dans l’histoire comme le père de la science économique moderne.

 

Les thèmes de recherches du CREIDD

Le CREIDD est un des rares laboratoires de recherche en France à travailler sur les concepts novateurs d’économie de fonctionnalité et d'écologie industrielle.

Économie de fonctionnalité
L’idée est assez simple, il s’agit de substituer la vente d’un bien par la vente d’un service ou fonction. Par exemple, au lieu d’acheter une voiture, le concessionnaire vend un service automobile pour une durée de X années. Pour l’entreprise, l’intérêt devient, non plus de produire un maximum, mais de fabriquer des véhicules de qualité, capables d’intégrer des innovations. Ce concept permet de concilier un chiffre d’affaires croissant avec des flux de matière stables voir décroissants.

Écologie industrielle
Cette discipline propose des réponses concrètes aux questions d’aménagement écologique du territoire. Elle cherchant à minimiser les pertes de matières et d’énergie dans les processus de consommation et de production. Concrètement, l'objectif est de favoriser les synergies entre entreprises, industries ou collectivités voisines de sorte qu'elles réutilisent entre-elles leurs résidus de production (vapeurs, eau, déchets...). L’écologie industrielle cherche à s’inspirer du fonctionnement des écosystèmes naturels où les flux de matières et d’énergie sont recyclés en boucle. D’ailleurs Dominique Bourg préfère l’expression d’économie circulaire à celle d’écologie industrielle, plus couramment utilisée.

 

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