Des déchets très rentables

S’il ne fallait retenir qu’un exemple d’application concrète du développement durable, ce serait sans doute celui de Triselec Lille. Cette petite société d’économie mixte affiche des résultats à faire pâlir les plus grands groupes.

L’histoire commence en 1989, André Gabet (voir encadré) et Patrick Vandamme fondent le premier centre de tri d’Europe à Dunkerque. En 1994, ils récidivent à Halluin au nord de Lille. Triselec Lille traite 115 000 T de déchets et emploie 315 personnes. Dès le début, les fondateurs se sont demandé si leur service de l’intérêt public devait se résumer à la problématique déchet. Dans une région gravement touchée par le chômage, la réponse s’impose d’elle-même : puisque les postes de production ne nécessitent pas de qualification, ils ont choisit d’embaucher sans sélection et pour compenser, d’élaborer une politique de formation devenue aujourd’hui une référence du genre.

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Questions à Patrick Vandamme

Dirigeants Durables : Vous êtes directeur production et communication de Triselec Lille. Présentez nous cette entreprise.

Patrick vandamme : Triselec est inscrit dans le schéma global de traitement des déchets de la métropole lilloise par la collecte sélective. Nous valorisons 92% des déchets qui rentrent chez nous contre 76% en moyenne sur les 360 centres de tri français. Cette performance vient en grande partie du système de formation innovant que nous avons mis en place pour chacun de nos salariés. Mais pas seulement. Par exemple, alors que tout le monde nous prenait pour des fous, nous avons fait construire un prototype innovant de presse de déchets. Résultat, nous vendons les balles (matériaux compressés pour la revente) les plus lourdes du marché français, ainsi nos clients font des économies sur les coûts de transports, avec une incidence positive sur l’émission de Gaz à effet de serre.

D’ailleurs, vous avez plus de demandes que de produits à vendre…

Oui, nous n’avons même pas de service commercial et c’est nous qui fixons les prix ! Notre résultat brut par rapport au chiffre d’affaire est de 11,22% en moyenne sur les 6 dernières années. En France, on considère comme très satisfaisant un résultat de 7 ou 8%. Nous sommes certifié ISO 9001 et 14001, OHSAS 18001 et Triselec Lille est la seule entreprise à avoir obtenu 3 notes au niveau 4 lors de la sa « notation sociale » réalisée par VIGEO.
Cette performance est réalisée avec un personnel de production qu’on ne choisit pas puisqu’il nous est envoyé par 8 services sociaux du territoire. Comme quoi c’est possible. En faisant confiance à tout le monde, les employés nous le rendent bien. Ils s‘impliquent complètement parce qu’ils se sentent reconnus et intégrés.

Quels sont les ingrédients de votre rentabilité ?

Qualité de produit, commercialisation optimisée, participation de la population, retour sur investissement de l’implication de la population, retour de l’implication de nos salariés par un système de participation et des primes de productivité. Nous avons aussi une culture du possible, c'est-à-dire qu’on sait où on veut aller et on mobilisera tous les moyens pour y arriver. Tout le monde est gagnant, personne n’est lésé !

Vous avez également innové en matière de formation…

Oui. En ce qui me concerne, j’ai galéré dans mes études. C’est peut-être pour ça que j’ai innové dans le domaine de la formation. Je voulais en finir avec le schéma du professeur sur l’estrade qui regarde de haut ses élèves. Nous avons mis en place des formations personnalisées, intégrées sur le site et accessibles à tous, même aux illettrés (15% de nos salariés) grâce à l’utilisation de l’informatique et au système de visioconférence.
Le taux de réussite est extraordinaire. Et notre personnel réclame ces formations, chose extrêmement rare dans un travail de production. Même le Médef prétend que nous avons inventé une « nouvelle économie ». C’est extraordinaire, on ne fait rien de mieux que de s’occuper des hommes.

Quel est le coût de ces formations ?

On a un budget de 3,5% de la masse salariale, hors coût salaire, mais regardez le résultat ! C’est la formation qui nous permet cette rentabilité là. En plus, nos outils sont adaptables en fonction du cahier des charges clients, ce qui nous confère une réactivité qui les stupéfie.

Votre système intégré de formation et de qualification est devenu un modèle reconnu…

Dès 1997, le ministère de l’emploi est venu nous proposer de partager notre expérience. Depuis, on le fait au niveau local, national et international.
On explique le concept de formalisation des savoirs du personnel de base pour concevoir des outils multimédia transversaux qui permettent à chacun de monter en qualification. Ce sont souvent des bac +5 qui créent les supports de formation, or ils utilisent un langage qui n’est pas compréhensible par tout le monde. Si les outils ne sont pas adaptés les gens ont l’impression qu’on se fout de leur gueule. Moi je dis à mes bac +5 « Ce n’est pas à nos bac moins 5 de s’adapter, c’est à vous. »

Votre performance profite aussi aux Lillois…

Oui. La commercialisation des produits triés rapporte suffisamment pour en restituer une partie à la collectivité. On peut dire aux Lillois : « mieux vous triez, moins ça vous coûtera ! » Pour nous c’est ça le développement durable, quand tout le monde est gagnant. Trop souvent, les contribuables trient sans avoir le retour de leur investissement. Dans une grosse agglomération du sud de la France par exemple, le tri a entraîné une augmentation de 140 % de la taxe sur les ordures ménagères. Après on s’étonne que la population soit réticente !

Selon vous que faut-il améliorer dans la gestion des déchets en France ?

Globalement, il faut taxer davantage l’incinération et la mise en décharge pour inciter au tri et à la valorisation. Il y a un incinérateur près de chez nous qui traite 350 000 T/an et fait travailler 51 personnes. Nous on traite 115 000 T/an et en emploi 315 personnes. En terme d’emplois il n’y a pas photo et on coûte infiniment moins cher à la collectivité.

Que pensez-vous de l’engouement, depuis quelques années, pour le concept de DD ? Quelles sont vos attentes et vos craintes ?

Je pense qu’on ne pourra pas s’en passer. Cependant, il ne faut pas laisser le concept se galvauder en outil marketing et donner plus de visibilité aux véritables exemples de développement durable. Dans les colloques on invite surtout les grosses entreprises alors qu’à mon avis les PME/PMI font sûrement mieux, en tout cas avec beaucoup plus de cohérence économique, sociale et environnementale.

Propos recueillis par Caroline Dangléant

 

André Gabet, pionnier du tri sélectif
Ingénieur métallurgiste spécialisé dans le contrôle qualité des aciers nucléaires, André Gabet est, avec d’autres, à l’initiative de la fédération des CRI (comité pour le recyclage et l’innovation) en 1978. Ils avaient mis en place les collectes en apport volontaire de papier carton et de verre. En 1984, constatant qu’il n’y avait que 3% du gisement de déchets valorisé, Gabet s’est rendu à l’évidence. Les matériaux recyclables doivent être collectés au porte à porte. Jusqu’en 1989, il a assisté à tous les colloques de France sur le traitement des déchets. Les gros groupes (Suez, Vivendi, Bouygues) assuraient que les français ne voudraient jamais trier leurs déchets et que les produits obtenus n’auraient aucun avenir économique. Aujourd’hui Patrick Vandamme est fier de démentir : « il n’y a pas saturation du marché. Au contraire nous vendons de mieux en mieux et de plus en plus cher ! »

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