Architecture, le retour à la terre

La terre crue est sans doute le matériau de construction le plus écologique qui soit : disponible localement, très faible impact environnemental, coût extrêmement réduit et confort souvent inégalable, à condition de savoir la mettre en œuvre. Ces techniques aussi vieilles que le monde refont surface depuis une trentaine d’année notamment grâce à CRATerre.

Dirigeants-durables : Parlez nous des caractéristiques des constructions en pisé ?

Hubert Guillaud : L’intérêt de ce matériau est sa diversité. Il est composé d’une fraction solide : la terre, liquide : l’eau et gazeuse : l’air. En variant la quantité de ces éléments, ce matériau se décline en une douzaine de mode de constructions en terre. En outre, construire en terre est possible de partout, dans la mesure où la terre contient un peu d’argile et d’eau. Mais l’avantage principal de la terre reste l’économie, ce sont des techniques qui ne demandent pas beaucoup d’investissement, sans pour autant exclure une production industrielle. Il existe en Allemagne ou aux Etats-Unis des usines de briques en terre. Et le développement de ces filières terres peuvent créer beaucoup d’emplois. Ceci a été prouvé à travers des projets comme celui que nous avons contribué à développer à Mayotte avec les acteurs locaux (voir plus bas).

Quels sont les avantages et les inconvénients ?

Premier avantage : construire en terre est ultra économe en énergie puisqu’il suffit, en gros, de la ramasser, la pétrir à la main, la mettre dans un moule ou un coffrage. Donc quasiment pas d’énergie ni pour son transport, ni pour sa mise en œuvre. Evidemment, la terre est complètement renouvelable et recyclable. On est proche de zéro en terme d’empreinte écologique.
Du côté des inconvénients, Le souci avec la terre est qu’elle fond dans l’eau et redevient de la boue. Au fil des millénaires, les hommes ont acquis une immense culture technique et constructive de ce matériau et il existe des réponses toutes simples à ces contraintes d’eau. En outre, la science en matière de terre avance considérablement et laisse entrevoir de beaux horizons à ce matériau.

La terre est-elle un matériau isolant ?

Non pas vraiment. En revanche, elle a d’autres propriétés comme la régulation des échanges entre l’intérieur et l’extérieur. Et ces propriétés de régulation s’adaptent au rythme des saisons. C’est un matériau métabolique, un peu comme le corps humain. Quand il fait trop chaud la terre dégage la vapeur d’eau accumulée, cela maintient une température fraîche à l’intérieur. Elle régule également le taux d’humidité dans la maison durant l’hiver. De fait, la qualité du confort ambiant est excellente. Il n’y a pas de murs froids. C’est justement en ajoutant un isolant en doublage intérieur que l’on crée des murs froids et donc des problèmes. Nous avons du mal à faire passer cette idée là par rapport à la norme telle qu’elle est conçue aujourd’hui notamment avec la certification HQE (haute qualité environnementale).

Que reprochez vous à la HQE ?

Il faut une certification. Nous ne pouvons pas l’ignorer. Cependant, avec une certification multicritères telle que la HQE, on a 14 cibles qui sont absolument ingérables de manière simultanée. Qu’est-ce que ça veut dire quand un bâtiment prétend à cette certification dès lors qu’il respecte seulement 3 ou 4 de ces cibles. À mon avis, ça n’a pas beaucoup de sens.
Personne ne parle de l’énergie utilisée pour produire de l’acier, du béton, de l’aluminium, etc. Attention, je ne dis pas qu’il faut tout construire en terre. Bien au contraire, une position radicale orthodoxe aujourd’hui serait stupide. Il faut associer la terre avec d’autres composants. Ce que font les architectes dans bien des pays ou , plus près de nous, en Isère où une belle école vient d’être érigée avec des murs en pisé en façade sud et de la brique monomur en façade ouest et nord. Voila des logiques constructives tout à fait pertinentes.

Vous êtes à l’origine de deux grands projets exemplaires de construction en terre. Parlez nous en…

Le premier a démarré à Mayotte au début des années 80. Jusque-là, les habitats de l’île étaient relativement précaires puisqu’ils ne résistaient ni au passage de cyclones ni au cumul des moussons successives qui faisaient pourrir les matériaux. Le programme s’est d’abord basé sur une étude ethno habitat permettant de définir les typologies de logements capables de répondre aux aspirations de la société mahoraise. Les initiateurs du projet sur place ont demandé à CRATerre de faire une prospection sur l’île dans le but d’analyser les matériaux et la possibilité de lancer une filière terre. Résultat, 19 briqueteries ont vu le jour dès 1982. Au-delà des premiers prototypes que nous avons réalisés le programme d’habitat a été très rapidement approprié par la population locale et un véritable tissu d’entreprises s’est développé à Mayotte. Plusieurs dizaines de milliers de logements et autres bâtiments publics en terre ont été construits grâce à ce programme. Nous avons également mené d’autres projets au Maroc, au Nigeria, au Burkina Faso… et sous bien d’autres contrées.
Le deuxième, plus modeste en taille mais majeur en impact, est Le Domaine de la terre à Villefontaine en Isère. Ces 65 logements sociaux construits en terre, achevés en 1985, faisaient figure, à l’époque, de pionnier du genre. Ils ont été visités par des délégations venues du monde entier et ont motivé un nombre considérable de décideurs et maîtres d’ouvrage. Paradoxalement en France, cette initiative a été très peu suivie. Je crois qu’il y a un blocage d’ordre technocratique quand il s’agit de publier des cahiers de référence ou des textes normatifs pour rassurer les entrepreneurs ou les architectes par rapport aux assurances. En revanche, un véritable processus du renouveau de l’architecture de terre s’est engagé depuis une dizaine d’année en Italie, en Allemagne, au Portugal... La France a été très motrice dans les années 80 et n’a pas su rebondir. Mais grâce à une demande sociale qui s’affirme de plus en plus en faveur des matériaux environnementaux les choses changent environ depuis 5 ans. L’architecture en terre devient incontournable. Beaucoup de pays l’on compris bien avant nous.

Que pensez- vous dans la prise en compte du développement durable dans le domaine de l’architecture ? En êtes-vous satisfait ?

Cette prise en compte est indispensable puisque le secteur du bâtiment reste un gros consommateur d’énergie et producteur d’externalités négatives. Mais il me semble que les réponses doivent être adapté à l’environnement local, culturel, économique et climatique. C’est la diversité de réponse qui doit compter avant tout.

Quels sont vos projets pour les années à venir ?

Ce qui nous préoccupe beaucoup en ce moment ce sont les recherches fondamentales sur la matière. Grâce à des études sur les propriétés de cohésion du matériau, entreprises avec des laboratoires très pointus de l’Ecole de Physique et Chimie Industrielle de Paris et de l’INSA de Lyon, nous sommes peut-être déjà en train d’imaginer les futurs bétons écologiques du futur.

Propos recueillis par Caroline Dangléant

 

La terre contre les catastrophes naturelles
Dans certaines régions où il existe une mémoire du risque sismique ou cyclonique intégrée dans l’inconscient collectif et donc dans les pratiques de construction, des réponses ont pu être apportées par les constructions en terre. Par exemple, sur la côte pacifique d’Amérique latine, les civilisations précolombiennes ont élaboré des réponses parasismiques en brique de terre ou en pisé. Autre exemple, à Bam, dans le sud de l’Iran, un terrible séisme a frappé la ville en décembre 2003, certaines constructions traditionnelles en terre bien construites ont remarquablement bien résisté par rapport à celles en béton. On peut considérablement améliorer les constructions en terre face à de tels risques.

CRATerre, une reconnaissance internationale
En 1989, l'équipe reçoit le prix "Technologie sans Frontières" décerné par le Ministère de l'Environnement pour ses travaux réalisés dans le transfert de technologies qui contribuent à préserver l'équilibre écologique, le couvert végétal, les ressources en eau, ou encore les agrégats exploités en carrière grâce aux développements des technologies et des équipements industriels de cette nouvelle filière « terre crue » créant de nouveaux marchés et un développement local.
Une an plus tard, CRATerre se voit attribuer la distinction d'honneur du "Prix Habitat 1990" par le Centre des Nations Unies pour les Etablissements Humains (CNUEH-Habitat). Ce prix est une gratification internationale récompensant des contributions exceptionnelles d'individus ou organisations oeuvrant à l'amélioration des établissements humains à tous les niveaux.

En savoir plus / Nous contacter

Vous voulez en savoir plus sur le Label LUCIE ou sur les conditions d’adhésion?

Vous voulez nous poser une question précise ou nous faire part de vos remarques ?

Cliquez ici pour tout savoir sur le label

Cliquez ici pour nous écrire

Cliquez ici pour télécharger une plaquette de présentation du Label LUCIE 

Pourquoi rejoindre la communauté ?

Les membres de la communauté disposent d’un accès illimité à toutes les fonctionnalités de ce site communautaire, ainsi qu’à une vaste base documentaire et méthodologique destinée à leur faciliter la mise en œuvre de la RSE dans leur entreprise. Ils sont invités à participer régulièrement à des rencontres à thème, à des conférences et à un séminaire annuel destinés à les faire tous progresser sur la voie de la RSE. ils ont également le droit d'utiliser les documents LUCIE en tant que support de communication pour leurs entreprises.

Comment rejoindre la communauté ?

Les organisations souhaitant nous rejoindre doivent suivre la démarche de labellisation LUCIE qui se déroule en plusieurs étapes: cliquez ici pour en savoir plus

 

Suivez-nous sur : facebook-logo1 logoTwitter linkedin-logo logo-viadeo Youtube-logo